TRANSMISSION DU KARATE AU JAPON :
de la Main de Chine au Karate do



    Pour cette partie de l’histoire du Karate, je me suis appuyé essentiellement sur le livre de Kenji Tokitsu : L’histoire du Karate, édition EM.



    Au début du IX ème siècle, le Japon est en pleine modernisation : «enrichissement du pays et renforcement militaire »  sont les mots d’ordre. Les médecins militaires constatent que les pratiquants du Tode sont particulièrement bien développés ; Kentsu Yabu (surnommé "Sergent Yabu" , élève d’Itosu, fut un héros de la guerre sino-japonaise. Il écrivit dans le journal d’Okinawa une série d’articles sur l’importance de l’éducation en primaire. Anko Itosu, son Maître voit alors une opportunité de faire adopter le Karate comme discipline adaptée à l’usage de l’éducation physique. On voit donc clairement se dessiner un objectif de développement du corps à court terme, parallèlement à la pratique au long cours qu'exige un art martial.

    En 1905, le Karate est définitivement adopté comme éducation physique dans les écoles. Itosu enseigna à ses disciples les kata qu’il avait créé à cet effet (à partir des kata antiques). On passa donc d’une transmission de l’art quasi-individuelle à une transmission quantitative, avec cette nécessité du moment d’une inspiration militaire (à forte influence occidentale !!!) pour diriger les cours ; l’instructeur donne un ordre pour chaque geste à effectuer, et en comptant (le gorei). Les mains se ferment, pour limiter la dangerosité. Les kata pinan (heian) sont créés, le kata Tekkidan est scindé en trois parties, probablement pour simplifier l’apprentissage des bases. Le terme dan (niveau) est usité pour classifier les formes, inspiré alors de la classification des kata de sabre de l’école Jingen ryu, escrime que maîtrisait Maître Matsumura, lui-même Maître d’Itosu. Ce dernier peut être considéré plus encore comme étant à l’origine du "karate moderne" . Les disciples de ce grand Maître ont contribués à la diffusion du Karate :

        Kentsu Yabu, Chomo Hanashiro, Kyan Chotoku, sur Okinawa,

        Gichin Funakoshi et Kenwa Mabuni diffuseront l’art de la main vide au Japon.


    Attardons-nous un instant sur une forte personnalité d’Okinawa -Choki Motobu (Saru, le singe, à cause de son agilité). Il fut un des premiers à partir d’Okinawa pour le Japon, en 1921, à Osaka tout d’abord puis sur Tokyo pour enseigner le Karate. Motobu avait axé son Karate sur l’efficacité absolue et malgré ses grandes capacités, il ne fut pas reconnu comme un pédagogue "moderne", pour un art qu’on souhaitait voir sortir de l’ombre et diffusé à un large public. Il fera un combat contre un boxeur russe, dont il sortira vainqueur. L’histoire est racontée dans certains ouvrages, et qu’il convient de ne pas répéter ici, mais que je vous conseille de lire…

    La suite de l’histoire du Karate sera plus spécifiquement basée sur la transmission par Gichin Funakoshi, puisque c’est plus dans notre lignée. D’autres Maîtres, dans des styles parfois différents ont aussi propagé l’Art de la Main, mais cela ne sera pas développé ici, des personnes ont écrit sur le sujet avec une grande précision, il est préférable de consulter leur ouvrage.

    La démonstration de 1922 :

    En 1921, le Prince Impérial de voyage en Europe s’arrête à Okinawa. Gichin Funakoshi, disciple d' Itosu, maître d’école de profession, est chargé de la direction de la démonstration en l’honneur de la venue du Prince. A priori, ce dernier apprécia fortement la méthode locale d’auto-défense. Un an plus tard, une exposition nationale d'éducation est organisée à Kyoto et Funakoshi est désigné pour représenter le karate d’Okinawa ; non pas qu’il fusse considéré comme meilleur technicien ou combattant, mais il était un fin lettré, parlait chinois et Japonais parfaitement. Il était beaucoup plus à même de présenter les choses, là ou un Motobu aurait été plus "rude". Suite à cette démonstration, Jigoro Kano, le fondateur du Judo, l’invite au Kodokan. Maître Kano avait alors une fonction très importante au ministère de l’éducation. Celui-ci voulait déjà moderniser les arts martiaux pour les diffuser comme méthode d’éducation, ce qui allait dans le sens de ce que souhaitait Itosu. Funakoshi, qui pensait revenir sur son île natale, accepte même de rester au Japon, sur les conseils de Kano pour y diffuser le Karate, laissant à Okinawa femme, enfants, poste d’enseignant. Maître Funakoshi raconte sa vie dans « Karatedo, ma voie, ma vie« , un témoignage à lire…

    Ce dernier se retrouve donc sans emploi, animé par le seul feu de promouvoir son art dans un pays ou son île natale est encore considérée comme étrangère. Il exercera le métier de concierge et commence l’enseignement avec peu d’élèves, mais l’effectif grandit après deux/trois ans. Des groupes universitaires commencent à se former. Le rapport à la hiérarchie (notion de sempai/kohai) typiquement japonais imprègne le karate et sa transmission s’en voit encore affectée. Ô Sensei écrit deux livres, le premier en 1922, le deuxième deux ans plus tard, mais c’est en 1930 qu’il retranscrira karate (main de Chine) en karate (main vide) - les kanji japonais peuvent se lire de différentes manières -.L’idée est de continuer à promouvoir un art d’origine chinoise dans un pays aux idées ultra nationalistes grandissantes et reniant ses origines avec l’empire du milieu. Ce « vide » est le vide bouddhique ; Funakoshi y insuffle une connotation spirituelle qui sied plus à l’esprit nippon. Il rajoutera le suffixe Do (la Voie, le chemin à parcourir dans un domaine pour devenir un homme accompli) pour que le karate soit reconnu comme un Budo à part entière.

    Pour ce qui est des discussions entre experts au sujet de l'évolution du karate vers 1936, je vous conseille ce lien :


http://www.kwoon.info/forum/viewtopic.php?t=17796http://



    En 1935, Maître Funakoshi écrit le fameux "Karatedo Kyohan" ou méthode de Karate. Il sort d’une vie plus précaire, le nombre de ses élèves est en augmentation et son art se développe dans les universités. Le SHOTOKAN est construit en 1938 grâce aux cotisations de ses étudiants. Ce n’est pas encore le "style Funakoshi", puisque Shoto est le pseudonyme avec lequel Ô sensei signait ses poèmes (les pins qui ondulent sous le vent) et kan désigne la maison. Il faut savoir que Gichin Funakoshi n’a jamais prétendu avoir fondé de style. Ce n’est qu’à partir de ses 70 ans que ce terme sera utilisé pour désigner la pratique tirée de ses enseignements. Il délègue par la suite aux anciens la responsabilité de l’instruction dans les universités et c’est à son troisième fils, Yoshitaka - ou Gigo- venu d’Okinawa, qu’il confie le Shotokan. Rô sensei (traduisez par jeune maître) enseignait un karate plus long, plus bas, plus « martial » que son père. Il faut croire que Gichin basait plus la pratique de l’art de la main sur une méthode d’accomplissement ; il faisait pratiquer énormément les kata, et laissait aussi beaucoup d’indications pour éviter de se retrouver dans une situation conflictuelle (le Karate dans l’attitude). Son précepte le plus connu et qui orne sa tombe n’est-il pas "karate ni sente nashi" (il n’y a pas d’initiative d’attaque pour un pratiquant de karate, dans le geste, mais aussi dans l’intention…). Gigo basait tout sur l’efficacité à tout prix, le Japon était en guerre, l’objectif était de partir sans se soucier d’un retour potentiel (Il enseigna avec Egami à l’école Nakano, pour former des espions…). Funakoshi père cherchait à vivre tous les jours selon les principes du karatedo (les kyokun ou préceptes, feront l’objet d’un article dans « vie au dojo« ).

    Le Dojo Shotokan fut rasé en 1945 lors d’un raid aérien américain. Yoshitaka, pressenti pour prendre la relève de son père tomba gravement malade et mourut deux ans plus tard (d’un problème pulmonaire). C’est probablement lui qui changeât la face du Karate actuel, Ô sensei était contre les exercices de combat libre (du moins prématurément) alors que son fils recherchait l’efficacité martiale  à travers cette pratique. Toujours est-il qu’ils ont l’un comme l’autre marqué des pratiquants. En 1949 la JKA (Japan Karate Association) est créée. Au départ, elle devait fédérer les pratiquants de tous styles de karate au Japon, mais au final, elle ne regroupera que des universitaires issu de l’enseignement de Funakoshi et des responsables des universités. Une autre association, à laquelle Ô sensei était très attaché (puisqu’elle défendait les valeurs que celui-ci souhaitait voir développer, celle du Budo) était la Shotokai (de Shoto, voir plus haut, et Kai = association). Il n’était pas question de style ; c’est dans la conception des « choses » et de l’avenir du karate que les opinions divergeaient. La JKA souhaitait développer un karate sportif là où la Shotokai refusait clairement ce type d’affrontement. Ceci fera l’objet d’un autre article. Le fait est que tout opposait les deux associations se réclamant chacune de Maître Funakoshi. Celui-ci mourut le 26 avril 1957 et le premier championnat est organisé dans la foulée !

    La JKA formera des champions de renom, et de nombreux experts qui essaimeront leur vision du karate à travers le monde. La Shotokai souhaitant rester fidèle à l’esprit du maître fondateur évoluera à sa manière, y compris sur le plan technique, avec l’influence d’Egami. Ceci est une autre histoire…

    Voila donc pour un bref résumé de l'histoire du Karatedo, plus spécifiquement "Shotokan", mais d’autres maîtres ont diffusé l’art de la main vide : le Goju ryu, issu de l’un des trois courants okinawaïen (avec le shurite et le tomarite), fondé par Chojun Miyagi, le Shito ryu de Kenwa Mabuni, le Uechi ryu de Kanbun Uechi (style typiquement chinois, rappelant les aspects du Nahate), pour ne citer que ceux-là. Chaque maître aura fait son « chemin » avec sa propre conception de l’Art. C’est pour cela  que le Karatedo prend des colorations bien différentes, à l’image de notre société, et c’est qui le rend si vivant. Qui a raison ?  Qui a tort ? Peu importe, ce qui compte c’est que chacun trouve ses réponses à travers une pratique sincère et durable.


VENUE DE M. JEAN CAUJOLLE LUNDI 8 OCTOBRE 2018 à LOUANS

 

articles : 

 

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